Né à Paris en 1958.
Peintre, écrivain, diseur, comédien.
« M’installer devant une toile vierge, c’est m’inviter à la table de l’absurde et m’offrir un déjeuner en face de ce suprême compagnon – rencontré fortuitement sur mon vélo à l’âge de 17 ans, en un lieu de Paris qui n’existe plus, puisqu’on y a depuis creusé un souterrain qui m’obligerait, pour un pèlerinage, à m’engouffrer au milieu des voitures puis à léviter à l’endroit précis…
Un déjeuner servi, sur une nappe aussi blanche que la veste des garçons qui tantôt nous servent, et tantôt, entre les plats, nous accompagnent au violon, au triangle, à la grosse caisse. Je connais leurs noms, pour les fréquenter parfois depuis l’âge de 14 ans : Albert Camus, théoricien de l’absurde, Salvador Dalí, René Magritte, Paul Delvaux, Eugène Ionesco, Samuel Beckett, Dino Buzzati, Jacques Prévert, Tadeusz Kantor, et autres grands prêtres du non-sens.
L’absurde a donc guidé ma vie, comme un astre aussi difficile à regarder en face que le soleil ou la mort – n’est-ce pas, La Rochefoucauld ? –, sous peine de sombrer dans les sables mouvants de la folie.
Ma vie, notamment, d’écrivain, de peintre, d’activiste engagé – jusqu’au tribunal – contre la laideur, la pauvreté et la stupidité de la publicité, et même de diseur de poèmes qui n’hésite pas à affronter la foule des indifférents, affublé d’un chapeau melon à la Erik Satie, autre serviteur de l’absurde.
Des spectateurs de mes tableaux me demandent parfois : « Où allez-vous donc chercher tout cela ? », certains osant même m’interroger sur mes hypothétiques – et inexistantes – pratiques stupéfiantes…
Mon seul stupéfiant, précisément : l’absurde, qui dépose et redépose incessamment son bric-à-brac dans ma cave et mon grenier, ces deux zones de mon cerveau vers lesquelles je descends ou monte, allongé sur mon canapé, avant d’attaquer une nouvelle toile. Dans mon bazar intime, évidemment, tout n’est pas bon à soulever : l’art, surtout provocateur comme le mien, étant, quoi qu’on dise, un échange avec le public, je m’efforce de m’adresser à celui-ci dans l’espoir d’abattre chez lui, comme chez moi, quelques cloisons mentales, ce qui ne saurait se faire sans le ménager un minimum.
Ce dialogue avec le futur spectateur de ma toile se fait donc sous le signe d’une censure qu’il serait vain de nier, n’en déplaise à mes chers tenants surréalistes de l’écriture automatique… Chacune de mes peintures, de mes saynètes, équivaut à une petite mise en scène où il s’agit de capter l’attention du public et de le dissuader de fuir avant la fin de la pièce.
Puisque tout créateur, verbal, pictural ou autre, est censé avoir un « univers », le mien n’exclut rien tant que l’ennui. Une fois assis à ma table de peintre, je regarde souvent mes créations antérieures qui tapissent mes murs, afin d’aller dans une direction le plus différente possible. D’où cette impression de variété qui se dégage de ma production au fil des ans.
Quelqu’un m’a dit un jour qu’on se « promène » dans mes tableaux. Puissé-je avoir toujours l’imagination – mon stupéfiant par excellence – pour étonner chaque fois un peu plus et creuser la folie des autres avec le soc de ma charrue ! »
Yvan Gradis, 2026
Expositions :
Galerie AVM (Paris) 2025-2026
Café des fous (Paris) 2011
Œuvre littéraire :
Avancez vers le fond (nouvelles, 2008)
Beignets de cendres (nouvelles, 2011)
Céleste larme (conte d’amour illustré par l’auteur, inédit)
Détruire Notre-Dame (roman, 2014)
Eux les (nouvelles, 2020)
Feu au sens (jeux de mots, 2021)
Geôle à ballons (roman, 2022)
Hâche-norme (nouvelles, 2025)
Livre sur le peintre : De la bille au poil (2022)
Répertoire poétique (récitals interactifs dans l’espace public, où les passants choisissent eux-mêmes) :
177 poèmes de 55 poètes de 9 siècles en 4 langues (français, allemand, anglais, polonais)